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Wit. veut sortir de la matrice

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Wit. veut sortir de la matrice

Posté par Erwan Helleux - 4 May 2019

Oppressé et tiraillé par les vices symptomatiques de notre époque, Wit. contemple les astres pour essayer de façonner son propre microcosme. Une fascination spatiale qui pousse le montpelliérain à essayer de se jouer de la temporalité et peut-être atteindre le futur, même illusoire. Après quatre EPs protéiformes entre 2016 et 2017 et une année 2018 d’exploration tant introspective qu’artistique, le 10 titres Nēo s’avère être un nouveau départ déterminant et ambitieux.

“Je suis fasciné par le lointain : l’espace, les étoiles et le soleil. J’y fais référence inconsciemment. Ces réflexions font vraiment partie de ma vie.” confie l’artiste, qui s’envole pour faire face à l’astre solaire dans le renversant clip de Dahlia. Aussi bien ses métaphores cosmiques que ses instrumentales atmosphériques révèlent un magnétisme psychologique qui le hante et perdure au fil des années. “Pour le visuel de Dahlia, on s’est vraiment inspiré de l’atmosphère sonore du morceau et de mon propos.” explique Wit., qui précise “Même au quotidien je suis quelqu’un de spatial, de lunaire.” Un personnage presque lunatique au vu de la versatilité et parfois de la complexité de sa musique.

Tel un prisme de lumière, le rappeur du sud filtre, fusionne tout ce qui l’a construit et toutes les fulgurances artistiques qui l’ont traversé à un moment de son existence. L’impressionnant Mamacita signé Travis Scott, l’audace de Young Thug, les lyricistes du label californien Top Dawg Entertainment, Schoolboy Q et Kendrick Lamar en tête, et l’énergie des SoundCloud rappeurs floridiens enrichissent une créativité toujours plus incandescente et aguerrie. “J’aimerais réaliser la synthèse de tout ce qui se fait en ce moment pour marquer mon temps.” espère le protagoniste du flamboyant Illumine, qui précède et anticipe l’hybridation de Nēo, entre triste réalisme et fantaisie céleste. Un morceau déterminant dans son évolution qui a été conçu à la vitesse de la lumière “TBMA m’a proposé de les suivre au Japon avec Jey. J’ai écrit le morceau dans le train et je l’ai posé chez Lay. Puis on est parti le lendemain à Tokyo.” raconte l’intéressé.

“Je m’inspire de ce futurisme pour essayer d’être en avance sur mon temps”

Une nouvelle direction que le montpelliérain emprunte discrètement l’an dernier : les sons postés ici et là sur SoundCloud sont des expérimentations sonores qui deviendront les fondations de ce cinquième projet. Au-delà d’un clin d’œil évident à Matrix, “Nēo signifie également “nouveau”. Ce projet est comme un nouveau départ, je n’avais jamais proposé une musique aussi aboutie.” explique Wit., qui poursuit “J’ai fait un pas vers la forme mais j’ai dû délaisser le fond par moments, et je dois y faire attention. Il y aura toujours de la profondeur dans mes sons et je dois mieux l’exploiter.

Jacket & Pants: ARTHUR AVELLANO
Sneakers: NIKE React Runner Mid WR ISPA

Un dévouement intellectuel, presque militant, qui voit son équilibre être bouleversé par le quotidien agité et changeant de son porte-parole. “Le mode de vie parisien m’a perverti. Dans Nēo, j’évoque davantage cette envie d’argent, de posséder, de briller même si je sais que là n’est pas l’essentiel.” observe le rappeur, lucide.

Un dévouement intellectuel qui tourmente ce monde naissant contrôlé par la polyvalence de Wit., producteur et interprète depuis ses débuts. Un dévouement intellectuel genèse de cette indépendance créative, qui n’omet pas de convoquer les racines algériennes de son instigateur : “Je suis parti de la maison familiale assez tôt mais enfant, on écoutait énormément de musique traditionnelle algérienne ou de raï. Aujourd’hui ces morceaux me prennent au cœur.” Un dévouement intellectuel qui remet en question notre civilisation et bouscule nos perspectives sociétales, à l’instar de l’iconique Matrix.

Jacket: Samsøe & Samsøe
Harness: Asos
Pants: Y-3
Socks: Stance
Sneakers: Jordan Brand Air Jordan 19 retro
(disponible chez Sneakersnstuff)
Sunglasses: Komono

“Je suis plus attiré par une pièce que par la marque en général”

Pour moi, la matrice représente le monde dans lequel nous vivons. Quand je fais référence à Néo, je ne me prends pas forcément pour l’élu mais je pense avoir une autre réalité. Plus personnelle, plus sincère.” affirme Wit. Lui-même au cœur de cette superficialité et ce consumérisme difficilement évitables, il s’accroche à cette vision personnelle et existentielle face à “une société de consommation où l’on a l’impression de ne pas vraiment décider et de ne pas être totalement libre.” Une réflexion sur le libre-arbitre qui structure le long-métrage des sœurs Andy et Larry Wachowski mais également les intenses Blade Runner, Dune ou encore Total Recall. “J’ai toujours été en marge, notamment en ayant toujours su faire la différence entre le superficiel et le concret.” continue l’artiste, tout autant marqué par “l’esthétique avant-gardiste” de ces œuvres d’anticipation.

Jacket: Stone Island
Tee-shirt: Louis Vuitton
Pants: adidas Originals
Socks: Stance
Sneakers: NIKE Air Force 1 07 LV8 3
(disponible chez Sneakersnstuff)
Sunglasses: Peter & May
(disponible chez Marc le Bihan)

Je m’inspire de ce futurisme pour essayer d’être en avance sur mon temps.” : une aspiration ambitieuse que Wit. partage avec son frère d’une autre mère, Laylow, et le réputé collectif de réalisateurs “TBMA”. Partisan des prises de risques transgressives de Young Thug, l’auteur du solaire
Non-Stop annonce “Tant que ça me plaît, je peux tout essayer. Je n’ai pas de limites mise à part les vêtements féminins (rires).” S’impose alors un travail visuel exigeant afin de se distinguer : “Alors que la majorité se focalise sur le streetwear, je suis en pleine recherche pour continuer de me démarquer et aller chercher d’autres inspirations.

“Je choisis les tenues de mes clips selon l’énergie du morceau”

Il souligne ensuite “Je suis plus attiré par une pièce que par la marque en général (…) Je choisis les tenues de mes clips selon l’énergie du morceau en question.” À l’image du label coréen Ader Error, des créations du japonais Yohji Yamamoto ou de la marque toulousaine Fa††oyz, qui s’empare des univers digitaux et bioniques, Wit. sublime le réel et vise grand. “J’ai voulu faire mieux que par le passé mais pour moi il y a encore bien mieux à proposer.” présage-t-il. Une ambition qui vient forcément des étoiles et qui n’a pas encore trouvé de pied-à-terre. “Où vais-je aller là, maintenant ?” se demande ainsi l’artiste dans Aller sans retour, dernier morceau de Nēo.

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Toujours plus complet, le Sneakers Event de retour le 12 mai

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Posté par Erwan Helleux - 2 May 2019

Toujours plus complet, le Sneakers Event de retour le 12 mai

La grande messe des sneakers addicts est de retour, le 12 mai prochain au Parc des Expositions – Paris Porte de Versailles, pour une douzième édition toujours plus complète.

Le Sneakers Event est depuis douze ans désormais le lieu où les sneakers addicts de tout l’Hexagone se concentrent. Le temps d’une journée, ce sont plus de 30 000 paires de baskets venues de toute l’Europe qui sont exposées et proposées à la vente. Des modèles prisés comme la Nike 1/97 Sean Wotherspoon ou encore la série des The Ten par Virgil Abloh feront évidemment partie des nombreuses tables de revente. Mais attention, le Sneakers Event c’est aussi l’occasion de découvrir des modèles, rétro ou non, sur une gamme de prix large. Bref, vous l’aurez compris, il y en aura pour tous les goûts.

Entre les tables où box et sneakers s’accumulent, la fête annuelle de la culture urbaine française proposera, pour la première fois, un espace dédié à la mode. On pourra donc retrouver tout un tas de créateurs et de marques présentant leurs collections. En plus, de cette nouveauté très tournée vers le streetwear, cette douzième édition réunira aussi une librairie spécialisée dans la street culture, un service de barbier et un fabricant de Grillz. Ainsi, le Sneakers Event se veut être la destination de shopping rêvée de tous les férus d’une culture qui va des dents argentées aux paires flamboyantes.

Pour cette nouvelle édition, le Sneakers Event déménage au Parc des Expositions – Paris Porte de Versailles, les portes ouvriront à 10h et fermeront à 19h. Les entrées anticipées permettant de profiter de l’event dès l’ouverture, à 10h, sont d’ores et déjà sold-out. Mais rassurez-vous, les fast pass sont toujours disponibles et il vous sera possible de prendre vos places à la billeterie, le jour J, pour 10€.  S’il y a une paire qui n’est pas sûre de se retrouver sur les tables de vente, le 12 mai prochain, c’est bien la très limitée et innovante FUTURECARAFT.LOOP d’adidas.

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Au rythme de Luidji

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Au rythme de Luidji

Posté par Erwan Helleux - 30 April 2019

Si Luidji se lance dès 2009, l’artiste parisien a pris le temps de se trouver aussi bien artistiquement que personnellement avant de livrer son premier album, dix ans après ses débuts. Entre quelques clips à l’esthétique tant contemplative que tamisée, un label indépendant, une playlist de singles qui perdure à travers les mois et un merchandising qui laisse entrevoir de belles ambitions, le chanteur est enfin prêt à nous offrir la meilleure version de lui-même.

“Foufoune Palace”, expression que l’on doit à l’un de ses anciens ingénieurs son, est aujourd’hui la pierre angulaire de la proposition artistique de Luidji. Titre de son morceau le plus reconnu, le clip a atteint les deux millions de vues, l’énoncé illustre également le mantra existentiel de l’auteur des essais Station 999 et Mécanique des fluides. “Foufoune Palace est aujourd’hui un label, mais correspond initialement à un état d’esprit. Une philosophie que l’on retrouve dans le morceau éponyme. La famille avant l’oseille, l’oseille avant les salopes. C’est une devise qui m’a permis de rester solidement attaché à mes objectifs.” décrypte-t-il. Mais plus qu’une simple éthique ontologique, le parolier francilien a élargi son champ des possibles pour construire un véritable univers graphique à partir de celle-ci.

Jacket: Asos
Jacket: Stone Island
Hoodie: Walk in Paris
Pants: Stone Island
Sneakers: Sandro

Un label, une playlist ou plus récemment une sélection de t-shirts et de hoodies, tous portent ce même nom. “Mon premier critère d’achat est la qualité, et j’ai essayé de l’appliquer à cette première collection” indique le rappeur avant de préciser “On projette de développer une véritable marque même s’il faut de grands investissements et une excellente logistique. On veut vraiment le faire parce que d’autres se sentent représentés par cette vision.” Une aspiration transdisciplinaire assumée qui reflète un bien-être et une stabilité bienvenus. “Mon goût pour les sapes est arrivé très tardivement, il y a à peine un an.” observe Luidji, qui justifie ce long processus par une complexe et intense recherche musicale : “Je suis l’un des artistes actuels qui a le moins de clips parce que j’y prête attention depuis peu. Avant ça, je me cherchais trop musicalement pour m’attarder sur mon identité visuelle.”

“Je veux faire des morceaux que personne ne fait, sinon je ne vois pas l’intérêt”

Puffer Kappa sur les épaules et sneakers de couleurs vives aux pieds lors de notre rencontre, l’artiste a su rapidement rattraper son retard et cite aisément les enseignes qui garnissent sa garde-robe. Sandro, Uniqlo, The Kooples, Ralph Lauren mais aussi Pièces Uniques ou Acne Studio tandis que pour les vestes et les pièces singulières, les regards se tournent vers les friperies. Admiratif du travail réalisé par le créateur Faqyyr Bey ou de l’emblématique manteau en fourrure rose du new-yorkais Cam’ron, l’interprète du mélancolique Marie Jeanne ne veut plus rien laisser au hasard et affirmera ce tournant à la sortie de son premier album :“On va très certainement concevoir une tenue dédiée à la scène, qui reflètera l’esthétique de mon album et donc de l’univers marin.”

Un tournant visuel qui transparaît dans l’esthétique de ses clips : que ce soit Vent d’hiver, Néons Rouges / Belles chansons ou Champagne, les corps et les silhouettes sont plongés dans l’obscurité et sont habilement éclairés par des filtres colorés. La narration de Luidji prend alors une dimension romanesque, entre onirisme et contemplation, et rappelle à son échelle les chefs-d’œuvre de Wes Anderson. Marqué notamment par le clip Si l’on ride d’Ichon et Muddy Monk, le chanteur confie “Je suis sensible à la réalisation et à l’esthétique cinématographique sans forcément connaître les termes techniques et l’histoire de cet art” tout en soulignant “Depuis Foufoune Palace, j’essaie de toujours co-réaliser mes clips. Il y a d’ailleurs des corrélations entre mes textes et mes vidéos.” Une certaine osmose qui symbolise de longues années de doute, de travail et d’expérimentation.

Jacket: Asos
Jacket: Walk in Paris
Hoodie: Sandro
Pants: ASICS
Socks: Stance
Sneakers:  Nike Air Max Plus
(disponible chez Sneakersnstuff)

“Un outfit iconique ? Le manteau en fourrure rose de Cam’ron”

Depuis Freshness Mixtape, perdue désormais dans les tréfonds d’Internet, et par la suite les projets plus élaborés tels que Station 999 et Mécanique des fluides, l’évolution de Luidji est inconstante, sinueuse. “Je me suis pas mal cherché, tant artistiquement qu’humainement. Je n’étais pas forcément entouré des bonnes personnes et mon environnement joue beaucoup sur ma créativité. Aujourd’hui, je pense avoir gagné en stabilité et en régularité.” observe le parisien, qui ajoute “La playlist m’a permis de reprendre du plaisir à travers la musique, en m’affranchissant des règles et des normes. Je voulais plus de spontanéité et de sincérité. J’ai également pu voir la réaction du public et trouver la direction musicale de mon prochain album.”

Jacket: Sandro
Hoodie: Cheap Monday
Pants: SUNCOO
Socks: Stance
Sneakers:  Nike Air Max 95
(disponible chez Sneakersnstuff)
Sunglasses: Roberi & Fraud
(disponible chez Marc Le Bihan)

Un premier opus qui aura la lourde tâche de confirmer les belles promesses qui jalonnent et rythment ce catalogue de morceaux en ligne depuis 2017 et enrichi au fil des mois. De 7h59 à Appel manqué, en passant par Champagne, l’éloquence de Ludiji oscille entre un egotrip exacerbé et des confessions à l’arrière-goût amer de tristesse. “Au fait, moi c’est Luidji, j’aime les feumeus graves connes / J’ai deux passions dans la vie, j’aime la drogue et l’alcool / J’aime me mettre des mines, j’aime me mettre des races / J’ai un penchant pour tout ce qui m’est néfaste / Oui je vends du rêve sous forme de carotte.” peut-il lancer tout en sarcasme sur Pour deux âmes solitaires (Part.1) mais également lâcher froidement sur Marie Jeanne “Je n’vis que quand il est tard / Je n’vois que dans le noir / Je ne me sens bien qu’à l’abri des regards / Le cœur vide, les poches vides, tout comme le regard.” Une réalité “parfois ennuyeuse” que le francilien s’évertue à retranscrire, théâtraliser, sublimer, comme les drogues ou l’alcool qu’il consomme quand les blessures du quotidien sont trop profondes et les remords trop durs à affronter. “J’essaie d’être subversif, je veux faire des morceaux que personne ne fait, sinon je ne vois pas l’intérêt.” conclut le protagoniste du clan Foufoune Palace avec cette franchise qui le caractérise.